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Les rois romains


L'époque des premiers rois romains est extrêmement floue, historiquement parlant. Les récits que l'on en a de nos jours, croisés avec les vestiges archéologiques retrouvés ne permettent pas d'interprêter de façon certaine la chronologie des évènements qui se sont déroulés sur le site de l'actuelle ville de Rome, à cette lointain époque. Mais ce qui est sûr, c'est que c'est sous les rois romains que la capacité romaine de créer un empire est apparue pour la première fois, même si les intentions originales n'auront guère été de nature impériale.

En tout, il y aurait eu sept rois de Rome couvrant une période de plus de deux cents ans, dont voici les principales caractéristiques de leurs règnes.


Romulus

Le premier roi de Rome reconnu fut son fondateur mythique, Romulus. On lui attribue la fondation du sénat.

Il aurait poursuivi impitoyablement une politique d'expansion de la population, accordant refuge et acceptation aux criminels en fuite à l'asile de la colline du Capitole. Il a élargi les limites de la ville pour englober quatre collines : Capitoline, Aventin, Caelian et Quirinal.

Si le règne de Romulus était tristement célèbre, cette impression n'est que renforcée par un épisode largement connu sous le nom de "l'enlèvement des Sabines".

Avec la population de Rome élargie aux esclaves et aux criminels en fuite, le roi Romulus s'est retrouvé à gouverner une nation avec trop peu de femmes. L'histoire raconte qu'il a organisé des célébrations extravagantes pour le festival de Consus (le dieu du grenier et du magasin), invitant les tribus voisines à y assister.

Beaucoup de Sabines voisines ont été invitées. Mais à la mi-célébration, le festival a pris fin soudainement, lorsque Romulus et ses Romains ont révélé leurs véritables intentions, prenant possession des femmes Sabines non mariées par la force et les revendiquant comme épouses. Romulus lui-même a choisi sa femme Hersilia ainsi.

La ville sabine de Cures, dirigée par le roi Titus Tatius, a tout naturellement déclaré la guerre. Dans le combat qui en résulta les Sabines réussirent à capturer la colline du Capitole, en raison de la trahison de Tarpeia qui a ouvert une porte (et qui a donné son nom au rocher tarpéen sur le Capitole). Une autre légende raconte que ce sont les femmes Sabines qui sont intervenues pour arrêter les combats entre leurs parents Sabines et leurs nouveaux maris romains.

Une paix a donc été convenue et les Sabines de Cures et les Romains qui se sont unis, formant désormais un seul peuple. Les deux rois ont ensuite gouverné conjointement, Titus Tatius du Capitole et Romulus du Palatin. Une fois le roi Sabine décédé, le règne revint à Romulus jusqu'à sa mort, à l'âge de 54 ans.

Si tout cela ressemble beaucoup à une série de contes de fées et de légendes, mais il existe des indices de vérités sous-jacentes. Par exemple, Quirinus était l'équivalent Sabin du dieu romain Mars et nous avons trouvé son nom dans la colline du Quirinal.

Naturellement, la mort de Romulus est également couvert de nombreuses légendes. La plus connue raconte qu'il effectuait un sacrifice rituel aux dieux à la rivière lorsqu'un orage a frappé. Les gens ont couru se mettre à l'abri de la pluie, laissant Romulus et les sénateurs à l'arrière. À leur retour, Romulus avait disparu. Si la version officielle suggérait qu'il avait été emporté au ciel par son père Mars dans un char, cela semblait un peu trop tiré par les cheveux, même pour les Romains. D'autant plus qu'au cours de sa vie, ultérieurement, Romulus aurait été particulièrement impopulaire. On soupçonnait donc effectivement les sénateurs de l'avoir occis en le poignardant à mort.

Connaissant l'histoire de l'Empire romain, la légende de la mort de Romulus s'avère tout à fait prophétique.


Numa Pompilius

Numa Pompilius est arrivé au pouvoir suite à la controverse entourant la mort de Romulus.

Immédiatement après la mort de Romulus, le principal sénateur, Julius Proculus, a affirmé que Romulus lui était apparu dans une vision et était maintenant le dieu Quirinus. Cela a élégamment absous les sénateurs de tout acte répréhensible présumé et a ouvert la voie à Julius Proculus pour devenir le prochain roi, sans doute avec la supposée bénédiction de Romulus lui-même.

Le peuple romain, cependant, n'était pas disposé à accepter cette transition sans heurt vers l'un des meurtriers possibles de leur roi. De toute évidence, ce ne pouvait pas être le rusé Julius Proculus. Les Sabins à Rome exigèrent que, depuis la mort de Titus Tatius qui avait vu leur souverain co-diriger leurs destinées, ils n'avaient pas eu de roi sabin et souhaitaient donc que leur nouveau roi soit issu de leur peuple. Les Romains étaient d'accord, tant qu'il leur appartiendrait de choisir qui parmi les Sabins devait être roi.

Le choix est tombé sur Numa Pompilius, un homme qui, apparemment, ne souhaitait pas avoir cette charge. Contrairement à Romulus, Numa n'était pas un roi guerrier, mais une figure religieuse et culturelle. Numa est considéré comme l'homme qui a déplacé l'ordre des vierges vestales d'Alba Longa à Rome, et qui fonda le temple de Janus, qui créa les divers collèges sacerdotaux dont l'ordre des fetiales qui détenait le pouvoir de déclarer la guerre et de faire la paix . Afin de permettre que tous les rites religieux soient accomplis au moment opportun, Numa aurait réformé le calendrier, en ajoutant les mois de janvier et février et en portant les jours à 360 au total pour chaque année.

Pendant les 43 années du règne de Numa, Rome a connu une paix ininterrompue. On dit qu'une grande partie de sa sagesse est due au fait qu'il était à l'écoute des dieux.


Ancus Marcius

Le quatrième roi de Rome était le petit-fils de Numa Pompilius et donc un autre Sabin. Il fut choisi comme souverain pour rétablir la paix et dont les Romains avaient joui pendant la domination de son grand-père. Cela a donné l'impression que le nouveau chef de Rome était un être faible, défendant la paix à tout prix et donc rejetant toute idée de guerre, même défensive. Mais cette idée était tout simplement fausse, et il ne fallut pas attendre très longtemps pour que le peuple de Rome s'en aperçoive. Ce sont les "prisci latini" qui en firent les frais, une tribu très ancienne, peut-être datant d'avant la période d"Énée. Ce peuple attaqua Rome, mais face à l'envahisseur le roi Marcius ne se contenta pas de défendre la ville, il parvint à dominer les attaquants et les forcèrent à intégrer la ville.

Ancus Marcius aurait également colonisé la colline de l'Aventin. Compte tenu de ce nouvel afflux de personnes, cela peut en effet, être réellement le cas, même si aucune preuve archéologique ou historique ne peut en attester.

La tradition veut qu'Ancus Marcius fut à l'origine de la fondation de la ville d'Ostie. Toutefois l'archéologie semble dire le contraire, suggérant que la fondation d'Ostie est d'une époque plus récente.

L'intérêt de Rome pour l'embouchure du Tibre est probablement dû à la présence de marais salants. L'occupation du dernier site d'Ostie a permis à Rome de contrôler les plateaux sur la rive sud du Tibre. Ceux du nord sont restés aux mains des Étrusques. Construisant le premier pont sur le Tibre, un pont en bois bien sûr, Ancus établit ainsi un poste avancée vers la colline du Janiculaire, qu'il fortifia dans la foulée, bien que ce lieu ne fasse probablement pas partie de la ville. Cet annexion de territoire limitrophe mais extérieur à Rome devait avoir un but : Ca pourrait bien être pour protéger la route du sel qui venait d'Ostie et pour renforcer la côte Ouest de la rivière, celle-ci faisant face aux Etrusques qui se faisaient de plus en plus menaçants.

Ancus Marcius est mort largement respecté et a été considéré comme un très bon roi par les historiens romains ultérieurs. Comme avec Tullus Hostilius, le roi Ancus Marcius a des descendants qui font une entrée dans les archives romaines beaucoup plus tardivement. En 357 avant JC par exemple, le Marcii atteint le consulat. Cela suggère que l'existence de ce dirigeant de l'histoire semi-mythique de Rome a bel et bien existé.


Tarquinius Priscus ou Tarquin l'Ancien

Le cinquième roi de Rome était Lucius Tarquinius Priscus (Priscus dans ce cas-ci le désigne simplement comme Tarquin "l'Ancien", c'était un titre qui lui a été attribué beaucoup plus tard par les historiens romains). Les histoires entourant ce monarque nous montrent que nous sommes encore profondément tributaires de la légende et du mythe, dépeignant ainsi un tableau mythique de son règne plus qu'une réalité concrête. Tarquin l'Ancien, ou Tarquinius comme il est généralement appelé, déménagea à Rome, il venait de la ville étrusque de Tarquinii. Son père, Demaratus, était un noble de Corinthe qui fut contraint de quitter sa ville (655 avant JC) lorsque le tyran Cypselus y a pris le pouvoir.

Un lien avec la Grèce est effectivement possible car il existe des preuves de commerce grecs à Tarquinii. Mais cela ressemble néanmoins à un effort quelque peu tendu par les Romains racontant ce récit ultérieurement pour éviter d'admettre que Rome fut gouvernée par des Étrusques, de fait.

La légende raconte qu'à son entrée dans la ville de Rome, un aigle s'est abattu et a arraché la casquette de Tarquin avec ses serres, pour la remettre sur la tête avant de s'envoler. Evidemment, ceci est une légende destinée à pourver le caractère divin de ce simple homme.

Néanmoins, il jugeait sage de changer son prénom du Lucumo (étrusque) par un très latin Lucius afin de faciliter son intégration dans la noblesse romaine. L'épouse de Tarquin, Tanaquil, était de sang aristocratique étrusque. Si de son propre chef, ou par celui des relations de sa femme, Tarquin est rapidement devenu une figure d'influence significative à Rome, il a fini par trouver une position influente auprès du roi régnant, Ancus Marcius. Il obtient même le poste de précepteurs des deux fils du roi Ancus.

Cela s'est avéré une position d'une importance vitale lorsque Ancus Marcius est mort. Tarquin persuada les deux fils d'aller à la chasse pendant qu'il organisait les funérailles de leur père. À leur retour, ils ne purent que constater que Tarquin leur avait usurpé le trône. Il avait profité de leur absence pour convaincre les Romains de lui accorder leurs voix. Il faut savoir qu'à cette époque la monarchie romaine n'était pas héréditaire, et les fils d'Ancus Marcius n'étaient que dans une position privilégiée pour gagner la faveur du peuple romain, mais leurs élections n'étaient pas sûre. Et Tarquin avait réussi à les dépasser.

Les moyens d'accession de Tarquin au trône étaient peut-être sournois, mais son bilan en tant que monarque semble avoir été impressionnant. Il devait d'abord repousser les défis militaires des tribus voisines qui semblaient toujours s'embraser à l'arrivée d'un nouveau monarque. Au combat Tarquin semble avoir accompli bien plus que se contenter de tenir bon, les nombreuses campagnes de Tarquin ont mené à des victoires sur les Sabines, les Latins et les Étrusques. Selon Dionysius, c'est une députation de villes étrusques vaincues au combat qui lui a apporté les symboles de la souveraineté : une couronne en or, une chaîne en ivoire, un sceptre à tête d'aigle, une tunique et une robe violettes et douze faisceaux (haches enfermées dans des faisceaux de tiges).

Tarquin l'Ancien a peut-être commencé la construction du grand Temple de Jupiter Capitolinus, mais cela n'est pas certain. L'introduction des Jeux du Cirque à Rome est attribuée au Roi Tarquin l'Ancien. Il est traditionnellement admis qu'il a été le souverain qui a cosntruit le Circus Maximus.


Servius Tullius

Le sixième roi, Servius Tullius, fut un monarque célèbre pour les réalisations particulièrement importantes aux yeux des Romains. Pourtant il semble que plusieurs faits de l'histoire romaine lui aient été attribuées à tort, car il semble douteux que Servius soit vraiment l'auteur de tout ce qui lui est attribué.

Les origines de Servius Tullius sont incertaines. Son nom peut en fait être une corruption du mot servus (esclave). Le nom lui-même n'a plus tard été utilisé que par les plébéiens. Une histoire raconte qu'il était le fils d'un esclave domestique. (Bien que Tite-Live écrit qu'il était un prince de la ville Sabine de Corniculum retenu captif par les Romains.) Fait intéressant, il y avait aussi une tradition étrusque, selon laquelle Servius était en fait un étrusque nommé Mastarna.

La légende raconte également que, lorsque Servius était encore un garçon, ses parents l'ont découvert endormi au lit, la tête couverte de flammes. Pourtant, l'enfant endormi n'a subi aucun préjudice. La nouvelle de ce présage capital parvint finalement à Tanaquil, l'épouse du roi Tarquin l'Ancien, qui le considérait comme un signe que le garçon était désigné pour de grandes choses. Désormais Servius était un protégé de la puissante reine de Rome.

À la mort du roi Tarquin l'Ancien, c'est Tanaquil qui a assuré l'ascension de Servius au trône. Les fils d'Ancus Marcius impliqués dans le meurtre de Tarquin ne leur ont plus permis de contester le trône. Ils se sont retirés en exil. Tarquin l'Ancien avait cependant trois fils; Tarquin, Lucius et Arruns. Pour gagner leur soutien, Servius les a astucieusement mariés à ses propres filles.

Sa position a cependant été rapidement assurée quand une guerre contre la ville étrusque de Veii a montré ses compétences en tant que commandant militaire. Sa victoire fut si impressionnante qu'au cours de ses 44 années au pouvoir, il n'a pas eu besoin de reprendre les armes.

Les Romains se sont mis à utiliser la monnaie pour la première fois durant le règne de Servius. En effet, contrairement aux Grecs, la société romaine primitive n'utilisait pas d'argent. Ils troquaient des biens, souvent du sel contre de la poterie, du grain pour bois, etc. Là où le système s'est révélé défaillant, c'est quand ils exprimaient la valeur des "têtes de bétail". Chaque tête valait dix moutons. La tête de bétail (pecus) est donc tout naturellement devenu la première unité monétaire romaine. De là est né le premier mot latin pour l'argent : la pécunie. Un système monétaire primitif a évolué basé vers des lingots de cuivre brut, une livre romaine qui pesait 327 g. Un tel lingot pourrait alors être divisé en différentes tailles et valeurs. Le roi Servius a été le premier à faire apposer un tampon sur le cuivre, jusque-là ce n'était que du métal brut. Le symbole qui aurait été utilisée était soit un bœuf, soit un mouton.

Le roi Servius Tullius aurait agrandi à la ville. Les Romains lui attribuérent le "mur de Servie", bien qu'il soit fort probable qu'il s'agisse de ce vieux mur datant IVe siècle avant JC.

Il est largement admis que l'agger, un ensemble de terrassements défensifs sur les collines Quirinal, Viminal et Esquiline, était de son héritage. Il est donc possible que, bien que ce ne soit pas le mur de Servie, un cordon défensif moindre ait été installé autour de la ville par Servius Tullius. Après tout, on pense que la Rome archaïque possédait des défenses, même si nous en savons très peu à leur sujet. Une réalisation majeure de son règne semble avoir été le transfert la fête régional de Diane d'Aricia à la colline de l'Aventin à Rome. Un temple lui fut dédié sur cette colline, non seulement par les Romains mais aussi par tous les habitants du Latium. L'archéologie semble accorder un certain crédit à cette histoire. Le déménagement d'une fête régional et du prestigieux Temple de Diane à Rome semble montrer que la ville revêtait une importance croissante pour la région au sens large.

L'idée la plus impressionnante attribuée à Servius Tullius est peut-être le recensement, une contrôle de la population qui comptait les habitants et les classait en cinq classes, selon la richesse. Cette division du peuple par la richesse est souvent appelée système "timocratique", après le grec timo (valeur) et kratia (règle); donc littéralement "règle par valeur". Les classes étaient des divisions créées pour décider des droits de vote du peuple (les riches jouissant de la plupart des voix) et pour aider à administrer la levée des troupes, car plus une classe de citoyens était élevée, meilleures étaient les armures et les armes qu'il pouvait se permettre d'avoir. Servius aurait en outre fait de la division du peuple en trois tribus à des fins fiscales: les ramnes, les luceres et les tités. (D'où la relation entre les mots "tribu" et "hommage".) Ces divisions tribales étaient peut-être de nature ethnique, bien que l'on en sache très peu à leur sujet.

Un autre changement d'importance constitutionnelle attribué à Servius Tullius est la réforme de l'armée, en particulier son octroi à l'armée d'une assemblée politique à part entière, la comitia centuriata.

Son règne est également étroitement associé à la construction du grand temple de Jupiter Capitolinus (185 pieds de large et 65 pieds de haut). Si l'on pense que c'est Tarquin l'Ancien qui a commencé le temple, la majeure partie de sa construction doit avoir été terminé par Servius, d'où l'attribution de ce temple à ce roi.


Lucius Tarquinius Superbus ou Tarquin le fier

Le septième et dernier roi de Rome fut Lucius Tarquinius Superbus (Le mot "Superbus" est un adjectif, il s'agit de la traduction de Tarquin "le fier". Le titre de Superbus lui a été attribué beaucoup plus tard par les historiens romains).

La tradition veut que Tarquin "le fier" soit le fils de Tarquin "l'aîné", bien que la logique suggère qu'il était plus susceptible d'être un petit-fils. (Tarquin l'Ancien est mort de vieillesse, son successeur, Servius Tullius a régné pendant 44 ans et Tarquin lui-même a régné pendant 24 ou 25 ans)

Arrivé au pouvoir après une violente conspiration, Tarquin le fier ne disposait d'aucune légitimité. Il a donc gouverné Rome selon les mêmes méthodes que celles qu'il avait utilisées pour remporter le trône. Tarquin était un tyran semblable à ceux qui avaient pris le pouvoir dans de nombreux autres royaumes hellénistiques. Ses seuls moyens de maintenir sa position étaient la violence et l'oppression. Il s'est déclaré juge suprême de Rome, s'octroyant une autorité complète sur les affaires capitales sans que l'accusé ait aucun recours. Ce privilège, Tarquin l'exploitait pour se débarrasser de tout rival potentiel. Plus encore, les biens des condamnés étaient saisis par le monarque. L'une des victimes de ces saisies fut le père de Lucius Iunius Brutus, l'homme qui devait finalement le renverser.

Si Tarquin gouvernait Rome comme un petit tyran parfois vindicatif, sa performance en tant que commandant militaire et diplomate était plus impressionnante. Il a harcelé et persuadé la Ligue latine d'accepter Rome comme chef officiel (le soi-disant "Traité de Ferentia"), liant ainsi les Latins à la machine militaire romaine, doublant effectivement la puissance militaire de Rome en un seul coup. Cette nouvelle puissance militaire fut alors mise à profit contre la tribu voisine des Volciens. Deux villes ont été conquises; l'un par la force, l'autre, la ville de Gabii, par la tromperie.

Le butin de cette campagne réussie a été mis à profit dans les travaux publics. La tradition romaine attribue l'achèvement du temple de Jupiter Capitolin à Tarquin "le fier", bien qu'on pense aujourd'hui qu'il a été achevé par Servius Tullius. Mais Tarquin aurait en outre poursuivi le processus d'assèchement du forum, construit et amélioré les routes et renforcé les défenses de la ville. Ces constructions publiques étaient cependant aussi le produit de l'oppression de Tarquin car une grande partie du travail a été obtenue de force auprès des plébéiens.

Une légende d'une importance considérable attachée à Tarquin est celle des livres sibyllins. L'histoire raconte que la célèbre Sibylle, une prophétesse mythique connue dans le monde hellénistique, est apparue devant le roi Tarquin et lui a offert neuf livres, contenant une grande sagesse. Le prix qu'elle exigeait était astronomique. Tarquin a refusé. Désorganisée, la Sibylle a alors jeté trois des livres dans le feu, seulement pour exiger le même prix pour les six livres restants. Sans s'inquiéter, Tarquin refusa encore une fois de ne voir que trois autres livres jetés dans les flammes. Une fois de plus, la Sibylle a demandé le même prix. Tarquin céda, ne serait-ce que pour sauver les connaissances qui restaient.

Si l'histoire de la Sibylle est une légende, les livres sibyllins auraient bel et bien existé, bien que leur origine soit inconnue. Ces livres ont été consultés à plusieurs reprises pour des conseils divins à l'époque républicaine pendant les périodes de crise et ont finalement été détruits lorsque le feu a consumé le temple de Jupiter Capitolinus en 83 avant JC.

Avec les riches vivant dans la peur d'être poursuivis, si Tarquin les considérait comme une menace ou pensait à leurs biens, et les pauvres qui étaient habitués à travailler dans la construction publique, toute Rome bouillonnait de ressentiment envers son dirigeant. Lorsque qu'une révolution éclata Tarquin n'était pas dans la ville, mais engagé dans une autre campagne militaire.

La dernière goutte a été le viol de la noble Lucrèce par le fils de Tarquin, Sextus, qui a mis le feu à la ville. Les nobles ont fait leur enquête, une enquête menée par Lucius Iunius Brutus, et finirent par déclarer Tarquin fautif. Ils renversèrent le roi et déclarèrent la république de Rome (510 ou 509 avant JC). Comme souvent c'est l'armée qui décida du sort du dirigeant. Rapidement, elle se rangea du côté des nobles et Tarquin le fier a été contraint à l'exil.

Les premiers jours de la République romaine ont vu une lutte acharnée pour l'indépendance contre les tentatives de Tarquin de regagner son trône. Néanmoins, Lucius Tarquinius Superbus, le tyran de Rome, ne reprendrait jamais le contrôle. La monarchie romaine était tombée.


Pour conclure...

Il va sans dire que nous devons prendre une grande partie de l'histoire des rois romains avec des pincettes. Une grande partie de tout ça relève du mythe, mais bien sûr comme tout mythe une autre partie est basée sur des faits réels.

Certains des mythes peuvent en effet revêtir une importance considérable pour la nature même de Rome et sa réalisation future. La graine même qui a créé la mentalité romaine qui devait créer la république peut en effet résider dans cette croyance sincère qu'ils étaient une race de réfugiés, de criminels et d'esclaves fugitifs qui ont cherché refuge à l'asile sur la colline du Capitole sous le roi Romulus. Une telle identité a peut-être favorisé le sentiment commun d'égalité que nous trouvons reflété encore et encore dans l'histoire romaine. Rome fut divisée par la richesse et les privilèges, mais elle croyait à l'égalité essentielle des hommes. Bien que certains aient revendiqué plus tard la noblesse ou la descendance divine, les Romains n'étaient pas prétentieux quant à leurs origines. Les ambiguïtés entourant la louve qui a allaité Romulus et Remus, le refuge sur la colline du Capitole et la légende concernant l'enlèvement des Sabines le démontrent très bien.

Se croyant au moins des descendants spirituels des déracinés, des fuyards et des criminels à la recherche d'une seconde chance, il n'est peut-être pas surprenant qu'ils forment une société qui devrait finalement se débarrasser de son roi et aller de l'avant avec un gouvernement du peuple pour les personnes.

Comme pour une grande partie de l'histoire romaine, les modifications apportées à la constitution ont eu tendance à être graduelles. Nous trouvons des aspects constitutionnels républicains émergés sous les rois. Le fait que la monarchie n'a jamais été considérée comme héréditaire à Rome a notamment joué un rôle important dans le développement des idéaux républicains. Bien plus, le roi était élu par le peuple, anciennement nommé par le Sénat, un organe consultatif de patriciens.

Cependant, la puissance du monarque romain était totale. Il possédait le droit à la peine capitale, était responsable des relations extérieures et de la guerre, de la sécurité publique, des travaux publics, de la justice et de la bonne pratique de la religion. Le symbole même de cette puissance totale était les faisceaux; les tiges à fouetter et la hache avec laquelle décapiter le condamné.

Mais ce pouvoir royal était tempéré par le principe de la consultation du Sénat. C'était la tradition que Tarquin le fier a ignoré à ses risques et périls. La première Rome ne supporterait tout simplement pas l'usage arbitraire du pouvoir par un tyran. Néanmoins, on peut se demander combien de temps encore une monarchie aurait pu durer si Tarquin avait été un souverain sage et bienveillant. Son temps était probablement écoulé. Rome avait évolué. La puissance et l'influence croissantes de Rome signifiaient que son élite devenait plus riche et plus puissante. La règle totale de l'un ne pouvait tout simplement plus être maintenue, les patriciens exigeant un rôle pour eux-mêmes dans la gestion des affaires.

Dans tout cela, il ne faut peut-être pas non plus sous-estimer l'influence des Grecs. Les commerçants grecs vivant à Rome ont peut-être introduit des idées démocratiques que les Romains, toujours pragmatiques, ont façonnées en quelque chose qui leur est propre. Peut-être que la notion même de la croissance de Rome en une ville substantielle de puissance et de prestige régionaux croissants signifiait qu'elle devenait soumise à l'influence des idées étrangères dangereuses, telles que la démocratie. Ceux-ci affaibliraient la monarchie, sapant son soutien des nobles et du peuple. Ainsi, avec un esprit égalitaire au cœur de la mentalité romaine, une élite toujours plus confiante et ambitieuse cherchant à avoir une part de pouvoir et des idées grecques sapant sa position parmi le peuple, la monarchie romaine pourrait en effet être vouée à la fin du sixième siècle. L'avenir de Rome devait être une république.


Suite de l'histoire...

Nous y voilà, le règne du dernier roi romain est arrivé à son terme et la première république romaine a vu le jour. La suite de l'histoire nous apprend comment elle parvint à s'organiser pour résister aux tentatives d'effondrements, nombreuses, durant les 400 années suivantes.






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